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Ajustements chez le notaire : pourquoi le montant final n'est jamais le prix d'achat


Ce qui se passe à la table de signature

La journée chez le notaire concentre une série d’opérations financières que la plupart des acheteurs découvrent le matin même. Le montant final versé ou reçu ne correspond jamais exactement au prix de vente. Des ajustements — des répartitions au prorata — s’y ajoutent ou s’en retranchent.

Ces ajustements ne sont pas des frais supplémentaires. Ils sont le résultat d’une règle simple : chacun paie pour la période où il est propriétaire. Puisque l’acheteur prend possession à une date précise en cours d’année, certaines charges déjà payées par le vendeur doivent être remboursées proportionnellement. D’autres, non encore payées, doivent être provisionnées.

La règle de la journée de répartition

La date de répartition est en général la date de prise de possession — la date à partir de laquelle l’acheteur devient responsable de la propriété. La règle est la suivante : la journée de répartition appartient à l’acheteur.

Concrètement, si la transaction se conclut le 15 mars, les ajustements sont calculés comme si le vendeur quittait à la fin du 14 mars et l’acheteur entrait le 15 mars.

Les ajustements courants

Taxes foncières

Les taxes municipales sont généralement payées en une ou deux versements annuels, pour une période du 1er janvier au 31 décembre.

Si le vendeur a déjà payé ses taxes pour toute l’année et que la transaction se conclut le 15 mars, l’acheteur lui rembourse la portion correspondant aux jours restants après le 15 mars.

Exemple :

  • Taxes foncières annuelles : 4 380 $
  • Date de prise de possession : 15 mars (74e jour de l’année)
  • Jours restants pour l’acheteur : 365 − 74 = 291 jours
  • Ajustement à verser à l’acheteur : (4 380 $ / 365) × 291 = 3 496,07 $

Le vendeur a payé pour une période où il ne sera plus propriétaire. L’acheteur lui rembourse cette somme chez le notaire.

Taxes scolaires

Les taxes scolaires fonctionnent sur le même principe, mais leur période de taxation correspond à l’année scolaire (1er juillet au 30 juin). Le calcul est identique — au prorata des jours.

Combustible (mazout, huile à chauffage)

Si la propriété est chauffée au mazout et que la cuve est pleine ou partiellement remplie, l’acheteur rembourse au vendeur la valeur du combustible restant, calculée au prix du marché au jour de la transaction.

C’est un ajustement en faveur du vendeur. La quantité est relevée par un technicien ou estimée visuellement, et le prix unitaire du mazout est appliqué.

Loyers (pour les immeubles à revenus)

Dans un plex, les loyers sont répartis au prorata des jours. Si un locataire paie 1 200 $/mois et que la transaction se conclut le 15 mars, le vendeur a encaissé le loyer de mars complet — mais l’acheteur est propriétaire pour les 17 derniers jours.

Exemple :

  • Loyer mensuel : 1 200 $
  • Transaction le 15 mars (mars = 31 jours)
  • Jours appartenant à l’acheteur : 31 − 15 + 1 = 17 jours
  • Ajustement au profit de l’acheteur : (1 200 $ / 31) × 17 = 658,06 $

Le vendeur a encaissé des loyers pour une période où il ne sera plus propriétaire. Il reverse la différence à l’acheteur.

L’état des déboursés

Le notaire présente l’ensemble de ces calculs dans un document appelé l’état des déboursés. Ce tableau récapitule :

  • Le prix de vente
  • Le solde hypothécaire à rembourser (côté vendeur)
  • Les ajustements nets (positifs ou négatifs pour chaque partie)
  • Les frais de notaire
  • Le montant net à verser ou à recevoir par chaque partie

L’acheteur reçoit cet état avant ou lors de la signature. Le lire et comprendre chaque ligne est une démarche normale — pas une marque de méfiance. Le notaire est disponible pour expliquer chaque poste.

Ce qu’il faut prévoir en liquidités

L’ajustement net peut aller dans un sens ou dans l’autre selon le moment de l’année et le type de propriété. Pour un achat en début d’année sur une propriété dont les taxes ont été payées pour l’année entière, l’ajustement sur les taxes foncières peut représenter plusieurs milliers de dollars à rembourser au vendeur.

À ces ajustements s’ajoutent les frais de notaire (typiquement 1 200 $ à 2 000 $ pour une transaction résidentielle simple), les frais d’inscription hypothécaire, et — ne pas oublier — la taxe de bienvenue, qui n’est pas versée chez le notaire mais arrive par courrier quelques semaines plus tard.

Planifier une transaction immobilière sans connaître ces postes, c’est arriver à la table de signature avec une surprise. Ces surprises ne sont jamais agréables — d’autant moins qu’elles surviennent après que toutes les liquidités ont été mobilisées pour la mise de fonds.